Saturday, May 21, 2005

cette obscure clarté

Dans Libé, le linguiste Pierre Encrevé, interrogé sur la lisibilité du Traité que vous savez, cite Bourdieu et ses réalités difficiles à penser, difficiles à écrire et donc difficiles à lire. Il rappelle qu'en 1792, lors du premier vote au suffrage universel, un tiers des Français ne parlaient pas le français et il poursuit en évoquant nos concitoyens amérindiens de Guyane, qui parlent le palikur, l'arawak, l'émerillon, le kali'na, le wayana ou le wayampi qui, appelés à voter, ne maîtrisent pas forcément le français juridique.

Paul Ricoeur

Paul Ricoeur, né en 1913, est mort le 19 mai 2005. Une des citations choisies par Libé est "l'homme, c'est la joie du Oui dans la tristesse du fini". L'argument est joli, non ?

Tuesday, April 26, 2005

sur les titres du Monde et le monde

mardi 26 avril 2005 "l'émergence de la Chine inquiète le monde et l'Europe". Moi, ce qui m'inquiète, c'est le Monde qui semble oublier que le monde c'est justement la Chine qui, avec plus d'un milliard d'habitant, peuple une bonne partie du monde...

Monday, April 25, 2005

Mata Hari

Le Dilettante vient de publier un petit récit inédit d'Alexandre Vialatte, les amants de Mata Hari. et quel délice de retrouver les années 50, et ces adolescents et la campagne, et la vie poétique. On lit en une petite heure ou un peu plus ou un peu moins les aventures d'un été d'une petite bande, et c'est un petit bijou de narration, drôle et tendre, puis une fin ou des fins tragiques pour ceux qui un jour de leur adolescence projetèrent d'enlever une fille qu'ils avaient baptisée Mata Hari.

Saturday, April 23, 2005

Thomas Hardy

ENTRE LETTRES


le bras atrophié ("the withered arm", est une curieuse nouvelle, avec une laitière délaissée, a lorn milkmaid, un pendu innocent, un fermier mélancolique, une belle qui s'abîme et un coup de théâtre final. La préface du petit folio bilingue est aussi curieuse. Elle relate un épisode de la vie de Thomas Hardy en exposant la thèse défendue en 1966 pae Lois Deacon et Terry Coleman ; attention, il faut bien suivre : Hardy aurait eu une relation avec sa très jeune cousine Tryphena Sparks, qui aurait donné naissance à un fils, Randal en 1868. Ce fils fut confiée à la soeur ainée de Tryphena, Rebecca, qui l'élève. Puis Hardy se fiance avec Emma Gifford. En fait Tryphena serait la fille illégitime de Rebecca, et pour éviter le scandale elle aurait été déclarée comme fille de Marie Hand qui est en réalité sa grand mère. Rebecca, elle, serait non pas la fille de Marie Hand mais celle de Jemima Hand, la propre mère de Thomas Hardy. Donc, lorsque les jeunes amants annoncent à la famille que Tryphena est enceinte et qu'ils veulent se marier, on leur apprend que ce mariage est absolument impossible car elle est la nièce de son futur époux. Vous avez suivi ?

Sinon on apprend que Thomas Hardy est né en 1840 dans un petit cottage isolé en bordure d'une lande sauvage comme il se doit. Après la mort de Emma en 1912 il se remarie en 1914 avec Florence Dudgale et meurt à une date non précisée dans la préface après la Grande guerre. Santiago ajoute que Borges admirait cet auteur.



Wednesday, April 13, 2005

autant en emporte le vent

Je me demandais parfois pourquoi le titre, plutôt banal, "gone with the wind", traduit tout aussi banalement en italien par "via col vento", et, mais déjà un peu moins en espagnol, sans doute en raison d'un détour par le français, fréquent à l'époque, "lo que se llevo el viento", avait reçu cette grâce littéraire dans sa traduction française "autant en emporte le vent".

Je viens de découvrir que c'est tout simplement du Villon, rien de moins, et le vers terminant chacune des strophes d'une des ballades du Testament : "Princes à mort sont tous destinés .... Autant en emporte le vent".

Sunday, April 10, 2005

Auden, merci Fse

Merci à fse pour "short" de Wystan H. Auden

butterflies, alas,
ignore us, but midges don't
unfortunately

les papillons, hélas,
nous ignorent, mais pas les moucherons,
malheureusement

Tomas Tranströmer

Mon bonheur s'amplifiait
et les grenouilles chantaient dans les
marais de Poméranie

Europe postchrétienne

De même que Cortazar estimait que dans une époque de retour échevelé à la nature, il était bon de se rappeler ce mot de Max Jacob : « ¿el campo? ¿ese lugar donde los pollos se pasean crudos? » (« la campagne ? cet endroit où les poulets se promènent tout crus ? » ) et affirmait ainsi sa préférence urbaine : « los pollos, cocidos » (les poulets, rôtis), il est bon de rappeler que nous vivons dans un Etat laïque, gagné de haute lutte après des siècles de massacres dans les guerres de religion. Tout ce foin autour de Woytila, basta.

Remplaçons le spectacle vide et affligeant par une lecture salutaire d’une petite conférence de Steiner : « Une certaine idée de l’Europe » (Actes Sud, 2005).

Steiner estime que « dans un univers à présent en proie à un fondamentalisme meurtrier, (…) l’Europe occidentale peut avoir le privilège impératif d’élaborer et de promulguer un humanisme laïque, (…) c’est une mission pour l’esprit et l’intelligence » et il évoque une « Europe postchrétienne ».

Dans la même veine, pêché dans un entretien de Steiner : « Malraux avait dit: «Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas.» J'ose le contredire: je crains que, si ce siècle est religieux, il ne sera pas. J'ai l'espoir qu'il y ait des hommes pour penser notre condition humaine, et non plus transcendantale. Que le fanatisme idéologique devienne le péché originel! Nous sommes avant le langage humain, affirme Heidegger, nous n'avons pas encore commencé à apprendre à penser et à parler. » Marie-Pierre Cordier, 10 avril 2005.